PORTRAIT: Landry Ngang – Le 93 au parlement europĂ©en

Landry NGANG, 19 ans, étudiant en sciences politiques et candidat aux élections européennes. Portrait d’un insoumis qui s’est forgé dès son enfance un mental d’acier. Pour les quartiers populaires, pour le 9-3, le voilà candidat pour représenter les siens aux plus hautes sphères.

Le jeudi, il finit les cours à dix heures. Landry est étudiant en première année de licence en sciences politiques à l’université Paris 13, une université implantée en Seine-Saint-Denis à Villetaneuse.

Par commoditĂ©, nous nous voyons au « cafĂ© de France Â», un cafĂ© situĂ© tout près de la basilique de Saint Denis, lieu historique de la ville. Landry est Ă  domicile. NĂ© Ă  Saint Denis de deux parents fonctionnaire, il baigne et grandit dans le milieu du sport dès son plus jeune âge.« A partir de mes six ans j’ai fait trois annĂ©es de football, je suis passĂ© ensuite au judo et Ă  la natation. J’ai enchainĂ© sur deux annĂ©es de tennis et cinq annĂ©es de handball. Mon parcours est chaotique mais j’aimais tous les sports et je voulais en essayer plusieurs Â».

« Un jour la CPE est rentrĂ©e dans notre classe et nous a dit «cette annĂ©e il n’y aura pas de voyage. C’est soit le voyage soit le chauffage». Pendant que nous avions le choix entre le chauffage et le voyage, les Ă©lèves du collège JBS eux sont partis au BrĂ©sil »

Dans ce parcours sportif qu’il minimise, Landry a tout de même finit champion de France des moins de dix-huit ans avec le club de handball de Tremblay en France.« Ça a été une étape super importante dans ma construction. J’ai acquis un mental d’acier grâce à ce sport. J’étais quelqu’un d’assez réservé et avec ça je me suis ouvert et aguerri ».

Landry a fait toute sa scolarité dans sa ville natale. Mais s’il y a une période qui a marqué le jeune dionysien à vie, c’est celle du collège.« C’est la première fois que je ressentais qu’on était des citoyens de seconde zone. J’étais au collège Fabien. Pas très loin, il y avait un collège privé qui s’appelait Jean Baptiste de la Salle. En classe de quatrième on avait normalement un voyage à faire en Angleterre. Un jour la CPE est rentrée dans notre classe et nous a dit « cette année il n’y aura pas de voyage. C’est soit le voyage soit le chauffage». Pendant que nous avions le choix entre le chauffage et le voyage, les élèves du collège JBS eux, sont partis au Brésil. Ça m’avait profondément choqué »


« J’ai dû faire une année sabbatique. Durant les premiers mois je ne faisais rien du tout, je me couchais à six heures du matin et je me levais à quinze heures. C’était une période difficile pour moi parce que je me sentais inutile »


Scolarisé au lycée de secteur à Paul Eluard, Landry peut compter sur cette professeure de SVT dont il se rappelle très bien. « J’avais des facilités au lycée. Sans bosser, je pouvais avoir de bonnes notes. Ce n’est qu’en terminale S que les choses se compliquent. Ma méthode ne fonctionnait plus. Heureusement je pouvais compter sur ma prof’ de SVT qui m’a mis au travail et ne m’a pas laissé de côté. Elle m’a apporté une démarche intellectuelle d’analyse que j’utilise jusqu’à aujourd’hui. »

Celui qui s’est mobilisĂ© contre la rĂ©forme d’admission post-bac par la suite sait de quoi il parle. Il a lui-mĂŞme Ă©tĂ© victime du nouveau système d’affectation des lycĂ©ens dans les filières post-bac. « J’avais demandĂ© la filière STAPS, parce que je voulais devenir coach sportif. J’avais demandĂ© des facultĂ©s en province pour pouvoir dĂ©couvrir de nouveaux horizons et continuer Ă  faire ce que j’aime. Malheureusement je n’ai pas Ă©tĂ© tirĂ© au sort ».

A la rentrĂ©e scolaire, comme des milliers de lycĂ©ens, il se retrouve sans affectations.« J’ai dĂ» faire une annĂ©e sabbatique. Durant les premiers mois je ne faisais rien du tout, je me couchais Ă  six heures du matin et je me levais Ă  quinze heures. C’était une pĂ©riode difficile pour moi parce que je me sentais inutile. J’ai quand mĂŞme travaillĂ© quelques mois dans l’animation pour avoir une activitĂ© Â».


« Je suis tombé par hasard sur une vidéo de Jean Luc Mélenchon sur internet. En écoutant, je me suis mis à cocher dans ma tête toutes ses propositions. C’était comme une évidence pour moi. Je partageais tout ce qu’il disait »

Dans un parcours militant, il y a toujours ce moment de déclic où l’on est séduit par des idées, des valeurs ou encore un personnage. Ce moment, Landry l’a bien vécu durant la campagne des élections présidentielles alors qu’il est encore au lycée.

« Je suis tombé par hasard sur une vidéo de Jean Luc Mélenchon sur internet. Il était passé dans l’émission « On n’est pas couché » sur France 2. JLM répondait à la question suivante : Quelles seraient les dix mesures que vous porterez si vous êtes élu Président de la République ? En écoutant sa réponse, je me suis mis à cocher dans ma tête toutes ses propositions. C’était comme une évidence pour moi. Je partageais tout ce qu’il disait ».

Landry va alors acheter « l’avenir en commun Â» le livre-programme portĂ© par le candidat insoumis Ă  la prĂ©sidentielle. « A partir de ce moment, je me suis intĂ©ressĂ© au personnage et au mouvement de la France insoumise. J’ai dĂ©couvert un mouvement novateur qui proposait de nouvelles manières de faire de la politique. Et j’ai commencĂ© Ă  militer».


« Les gens ne sont pas dĂ©politisĂ©s. Il y a beaucoup d’associations en banlieue et c’est une des manières de faire de la politique. Les gens ne parlent pas le langage des partis politiques mais ils font de la politique sans le savoir »

Landry se rappelle de sa première action militante. Il est retournĂ© avec d’autres « camarades Â» devant son ancien lycĂ©e pour sensibiliser les jeunes autour de la rĂ©forme d’admission post-bac « parcours-sup Â». A la diffĂ©rence des militants traditionnels qui organisent des tractages devant des points de passage, Landry et ses amis dĂ©barquent avec un food-truck qu’ils avaient customisĂ©. Dans un cadre musical et festif, ils ont pu Ă©changer et discuter avec les lycĂ©ens Ă  la sortie du lycĂ©e de la rĂ©forme. « Ă‡a a Ă©tĂ© une grosse rĂ©ussite Â» affirme-t-il fièrement. 

En banlieue, là où les chiffres d’abstention pour les différentes échéances électorales sont très élevés, Landry ne perd pas espoir à voir ses idées séduire les habitants.

« Les gens ne sont pas dépolitisés. Il y a beaucoup d’associations en banlieue et c’est une des manières de faire de la politique. Les gens ne parlent pas le langage des partis politiques mais ils font de la politique sans le savoir. Ce qu’il faut faire dans ces quartiers pour mobiliser davantage, c’est aller chercher les gens là où ils sont, et c’est ce qu’on fait avec la France insoumise ».


« On est parti les voir et on leur a dit venez fumer votre chicha avec nous. Au final ces jeunes ont eu des interventions super pertinentes »

Landry se rappelle d’une autre action militante oĂą il est allĂ© chercher les jeunes lĂ  oĂą ils Ă©taient sans posture paternaliste ou jugement. « On a fait une rĂ©union publique dans un square avec le dĂ©putĂ© Éric Coquerel. On a posĂ© un barbecue et quarante chaises, et on est parti voir les gens pour leur dire venez parler de ce que vous voulez avec votre dĂ©putĂ©. Au loin il y avait des jeunes qui fumaient leur chicha. On est parti les voir et on leur a dit venez fumer votre chicha avec nous. Au final ces jeunes ont eu des interventions super pertinentes Â» raconte Landry.

Un parmi ces jeunes soulève un problème crucial, celui de l’emploi. « Je suis Ă©tudiant en BTS et je n’arrive pas Ă  trouver un stage. Comment ça se fait qu’il y ait Ă  La Plaine Saint-Denis plein d’entreprises et que je n’arrive pas Ă  trouver de stage ? Â». Un autre jeune rebondi en Ă©voquant les violences policières dans les quartiers.

« Toutes ces thĂ©matiques on a pu en parler avec des gens qui sont en dehors des cercles politisĂ©s traditionnels parce qu’on est parti les chercher lĂ  oĂą ils Ă©taient. Il faut amener la politique dans les quartiers Â» rebondit Landry.

A quelques mois des Ă©lections europĂ©ennes, Landry est optimiste. « Si on arrive Ă  chercher les gens qui ne votent pas, on peut crĂ©er la diffĂ©rence Â». Il est convaincu que les gens ne votent pas parce qu’ils sont déçus du manque d’intĂ©gritĂ© dans la fonction politique et reprĂ©sentative des citoyens. D’ailleurs il n’aspire pas Ă  vivre de la politique.


« Ce sont les militants de Saint-Denis qui m’ont dit un jour « lance-toi ». Après rĂ©flexion je me suis dit qu’on Ă©tait nous les jeunes des quartiers populaires pas reprĂ©sentĂ©. J’y suis allĂ© par devoir »

« Je n’ai pas envie de faire de la politique ma vocation première. J’ai envie de finir mes Ă©tudes et apporter une richesse Ă  la sociĂ©tĂ©. Je pense que beaucoup d’élus parce qu’ils vivaient uniquement de la politique, se sont mis dans des situations dĂ©licates parce qu’ils Ă©taient prĂŞts Ă  tout pour ne pas perdre leur mandat Â».

Mais Landry ne va pas dans cette bataille électorale avec un esprit défaitiste, au contraire. « De l’autre côté, nous les jeunes, on a aussi un devoir. Les jeunes des quartiers ne sont pas du tout représentés dans les institutions. Cette bataille doit être menée également dans ce sens et avec sérieux ».

Cette distance qu’il a par rapport au pouvoir et la quĂŞte du pouvoir se fait ressentir mĂŞme dans le processus de sa candidature pour l’échĂ©ance europĂ©enne. « Ce sont les militants de Saint-Denis qui m’ont dit un jour « lance-toi Â». Après rĂ©flexion je me suis dit qu’on Ă©tait nous les jeunes des quartiers populaires pas reprĂ©sentĂ©. J’y suis allĂ© par devoir. J’ai envoyĂ© un mail au comitĂ© Ă©lectoral de la France Insoumise et j’ai Ă©tĂ© très bien accueilli par Manuel Bompard et le reste du comitĂ©. Ma candidature a ensuite Ă©tĂ© approuvĂ©e Â».



« Au parlement europĂ©en nous seront des lanceurs d’alertes. On ne laissera rien passer. On fera du parlement europĂ©en un instrument tribunitien »

Landry se trouve en vingt-huitième place sur la liste « Maintenant le peuple Â» de la France Insoumise portĂ©e par Manon Aubry. « Ma place Ă  la vingt-huitième n’est pas insignifiante. On est plusieurs des quartiers populaires Ă  ĂŞtre prĂ©sent sur cette liste. Leila Chaibi qui a militĂ© un bon nombre d’annĂ©es sur le logement insalubre est bien placĂ©e et c’est bon signe. La France insoumise a compris qu’il fallait accorder aux quartiers populaires une place digne de ce nom et que les banlieues faisaient partie intĂ©grante de la vie politique française. Au-delĂ  de l’île de France, il y a SĂ©bastien Delogu de Marseille ou encore Rhany Slimane du cotĂ© de Montpellier qui sont prĂ©sents sur la liste ».

S’ils siègent au parlement europĂ©en, Landry accompagnĂ© de ses colistiers seront des « dĂ©putĂ©s de combat Â». Landry annonce la couleur. « Au parlement europĂ©en nous seront des lanceurs d’alertes. On ne laissera rien passer. Il faut que les gens aient conscience que les dĂ©cisions prises par la commission europĂ©enne impactent leur quotidien en France. Si on a aussi peu de moyen en banlieue c’est en partie Ă  cause du fameux trois pourcent de dĂ©ficit qu’on a pas le droit de dĂ©passer. On fera du parlement europĂ©en un instrument tribunitien Â».

Landry s’enorgueillit du rĂ´le du dĂ©putĂ© europĂ©en, Younous Omarjee, seul dĂ©putĂ© France Insoumise siĂ©geant au parlement europĂ©en. « A lui tout seul il a rĂ©ussi Ă  mobiliser du monde autour de la pĂŞche Ă©lectrique et la commission europĂ©enne a fini par reculer. Si on a vingt voire trente Younous Omarjee dans l’hĂ©micycle, on pourra faire de grandes choses ». 

Alors que le scrutin se tiendra en mai prochain, le jeune candidat, tĂŞte sur les Ă©paules conclut. « C’est ma première campagne politique, j’ai beaucoup Ă  apprendre et j’apprends dĂ©jĂ  beaucoup Â» avant de rebondir,

« J’ai envie d’y ĂŞtre pour dire après aux potes, regardez les gars je l’ai fait ! Vous aussi vous pouvez le faire Â».

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